
Le Fonds pour un Canada fort n’est pas encore un fonds souverain opérationnel au sens classique du terme: il a été annoncé le 27 avril 2026 mais sa structure, son conseil indépendant, ses règles d’investissement et son produit destiné au public restent à finaliser.
Son capital initial de 25 milliards de dollars sur trois ans arrive alors que le fédéral est en déficit, ce qui rend la question du financement — et donc du risque pour les contribuables — centrale.
Le 27 avril 2026, Mark Carney a annoncé la création du premier fonds souverain fédéral canadien, le Fonds pour un Canada fort. Ottawa promet de lui verser 25 milliards de dollars sur trois ans, selon la méthode de comptabilité de caisse.
Le mandat annoncé est d’investir, aux côtés du secteur privé, dans des entreprises et projets canadiens dits stratégiques: infrastructures, énergie propre et conventionnelle, fabrication de pointe, mines et minéraux critiques, agriculture, transport et télécommunications. Le gouvernement affirme viser des rendements comparables à ceux du marché, principalement au moyen de prises de participation — plutôt que de prêts — et prévoit de réinvestir les rendements.
Le modèle projeté comprend aussi un produit d’investissement de détail: les particuliers pourraient acheter une participation dans le fonds, avec la promesse que leur capital initial serait protégé. Mais les règles restent inconnues: mode d’achat, rendement, frais, liquidité, durée de blocage, admissibilité au CELI ou au REER et coût réel de cette protection du capital.
| Date | Mesure ou montant | Usage annoncé |
|---|---|---|
| 27 avril 2026 | Annonce du Fonds pour un Canada fort | Fonds fédéral destiné à investir dans des projets et entreprises stratégiques au Canada. |
| 27-28 avril 2026 | 25 G$ sur trois ans | Capital de départ, financé en trésorerie, pour des investissements en capitaux propres réalisés aux côtés d’investisseurs privés. |
| 28 avril 2026 | Structure annoncée | Création projetée d’une société d’État indépendante, avec PDG et conseil d’administration indépendant. |
| Printemps-été 2026 | Bureau de transition | Consultations avec les marchés et les régulateurs pour établir le mandat, la gouvernance et le produit de détail. |
| Automne 2026 | Produit de détail annoncé comme prochaine étape | Ottawa indique seulement que les détails seront communiqués à l’automne; le fonds n’est pas ouvert à l’investissement du public. |
Il faut éviter une confusion importante: les annonces gouvernementales sur de grands projets ne signifient pas nécessairement que le Fonds pour un Canada fort les a financés.
La mise à jour économique énumère 15 projets transmis au Bureau des grands projets, représentant plus de 125 milliards de dollars d’investissements projetés et plus de 60 000 emplois anticipés. On y trouve, notamment, le terminal de Contrecœur au Québec, la mine de graphite Matawinie à Saint-Michel-des-Saints, LNG Canada phase 2, la mine de cuivre McIlvenna Bay, le projet Crawford de Canada Nickel, des lignes de transport d’électricité et des projets nordiques.
Cependant, dans les documents publics consultés, Ottawa présente ces projets comme un bassin potentiel pour le Fonds, ou comme des projets soutenus par d’autres instruments fédéraux: Banque de l’infrastructure du Canada, Fonds de croissance du Canada, Exportation et développement Canada, Banque de développement du Canada et garanties de prêts autochtones. Par exemple, le gouvernement attribue l’engagement de 1,16 milliard de dollars pour Contrecœur à la Banque de l’infrastructure du Canada et l’investissement dans Nouveau Monde Graphite au Fonds de croissance du Canada — pas au Fonds pour un Canada fort.
À ce jour, il n’y a donc pas, dans les sources gouvernementales accessibles, de liste publique de prises de participation déjà conclues par le nouveau fonds ni de ventilation des 25 milliards déjà engagés par celui-ci.
En date du 26 août 2026, le Fonds pour un Canada fort demeure essentiellement en phase de mise en place.
L’enjeu n’est pas qu’un État investisse. Bien géré, un investissement public peut produire un rendement supérieur au coût du capital. Le problème est que le gouvernement veut appeler « fonds souverain » un mécanisme financé dans un contexte de déficit, alors que les modèles traditionnels reposent généralement sur des surplus budgétaires, des revenus exceptionnels de ressources ou des réserves publiques.
Les risques sont concrets:
L’appellation « fonds souverain » peut donc donner l’impression d’une richesse accumulée, à la manière de la Norvège. Or, le Canada ne part pas d’un excédent pétrolier fédéral ou d’un surplus budgétaire à investir.
Pour l’instant, il s’agit surtout d’un projet de véhicule public d’investissement domestique, dont le capital initial risque d’être financé par la dette ou par la cession d’actifs publics.
C’est pourquoi la transparence sur la provenance des 25 milliards, le coût des intérêts, les projets choisis, les rendements nets et l’indépendance réelle de la gestion devrait être une condition minimale avant tout déploiement.