L’or à 38 000 $: vers une révolution monétaire mondiale et ses ondes de choc au Canada

Vous avez peut-être visionné ce clip mais pour bien comprendre ce qu’explique Andrei Jikh dans sa vidéo intitulée « China Is Preparing For $38,000 Gold », voici un résumé de ses propos mais aussi, une projection approfondie sur les répercussions majeures de cette théorie pour les citoyens, l’industrie minière et l’économie canadienne.

Le marché mondial des matières premières traverse une mutation silencieuse qui pourrait redéfinir l’ordre économique planétaire. Dans sa récente analyse, l’expert en finance Andrei Jikh met en lumière une convergence de signaux macroéconomiques pointant vers une réévaluation historique de l’or. Si la projection d’une once d’or à 38 000 $ peut sembler utopique, les calculs et les mouvements géopolitiques sous-jacents forcent la réflexion.

Voici un décryptage de la thèse d’Andrei Jikh, suivi d’une analyse exclusive de ce que ce scénario signifierait pour le Canada.

Partie 1: Ce qu’explique Andrei Jikh dans sa vidéo

La thèse de Jikh repose sur l’idée que le système financier mondial, basé sur le dollar américain (USD) comme monnaie de réserve depuis 1971, est à bout de souffle. Deux superpuissances économiques, la Chine et les États-Unis, s’activent pour préparer l’étape suivante.

1. La frénésie d’achat de la Chine

Andrei Jikh souligne un événement historique inédit: en Chine, le plus grand fonds indiciel (ETF) du pays n’est plus un fonds d’actions (l’équivalent du S&P 500), mais un ETF d’or physique (le Guan Yu Gold ETF, qui pèse désormais 13 milliards de dollars) [00:00]. Les investisseurs particuliers chinois se ruent sur l’or, alors même que les prix ont temporairement corrigé de 30 % par rapport à leur sommet [00:48].

Parallèlement, la Banque populaire de Chine (BPC) a acheté de l’or pendant 20 mois consécutifs [01:10]. De plus, Pékin s’apprête à interdire le trading d’or de « papier » (produits dérivés) dans plusieurs grandes banques pour forcer ses citoyens à détenir du métal physique réel [02:02].

2. Le retour des États-Unis à « l’économie hamiltonienne »

Aux États-Unis, le secrétaire au Trésor a récemment publié une tribune évoquant un retour aux principes économiques d’Alexander Hamilton [02:31]. Ce modèle privilégie le protectionnisme, les subventions industrielles et les tarifs douaniers pour reconstruire l’appareil manufacturier américain qui a été délocalisé et « financiarisé » au cours des 50 dernières années [05:31], [10:03].

Cependant, selon les analystes cités par Jikh (notamment Luke Gromen), les États-Unis font face à un triangle impossible. Ils veulent trois choses:

  1. Reconstruire leurs usines.
  2. Protéger le pouvoir d’achat de la population (Main Street).
  3. Conserver un dollar fort.

Or, on ne peut en choisir que deux [15:14]. Pour rendre les usines américaines à nouveau compétitives face à l’étranger, le dollar américain doit baisser drastiquement [15:41].

3. L’or comme « soupape de sécurité » à 38 000 $

Pour éviter que l’effondrement ou la dévaluation du dollar ne détruise complètement le système financier, l’or est pressenti pour servir d’actif de réserve neutre afin de rééquilibrer le commerce international [16:53].

D’où vient le chiffre de 38 000 $ l’once ?

Le calcul est purement mathématique. Si l’on prend le surplus commercial de la Chine (environ 1 200 milliards de dollars) et qu’on le divise par la quantité d’or que la Chine importe annuellement (environ 940 tonnes), le prix auquel l’or équilibrerait parfaitement les balances commerciales mondiales sans dépendre des monnaies de singe de chaque pays se situe aux alentours de 38 000 $ par once [25:20]. Aux prix actuels, l’or est tout simplement trop bon marché pour servir de pivot monétaire mondial [25:54].

Partie 2: Ce que cela signifie pour le Canada

Le Canada, en tant que nation intrinsèquement liée à l’économie américaine tout en étant l’un des plus grands producteurs de ressources naturelles au monde, serait en première ligne de ce grand bouleversement.

1. Pour les citoyens canadiens: Inflation et érosion du pouvoir d’achat

Si le dollar américain se dévalue pour permettre la réindustrialisation des États-Unis, le dollar canadien (CAD) subira d’importantes turbulences.

  • Importations plus chères: Le Canada importe une immense quantité de biens de consommation et de produits manufacturés des États-Unis et de Chine. Une hausse massive du prix de l’or combinée à une dévaluation des monnaies fiduciaires entraînera une poussée inflationniste violente sur les biens importés, le logement et les services essentiels.
  • Le mirage des portefeuilles: Comme l’explique Jikh, les gains boursiers traditionnels risquent de devenir une illusion [28:27]. Si le marché boursier canadien (TSX) progresse en termes de dollars, il pourrait en réalité perdre de sa valeur s’il est mesuré en pouvoir d’achat réel (en or) [28:05]. Les Canadiens détenant uniquement des liquidités ou des obligations gouvernementales verraient leur épargne s’éroder à grande vitesse [28:19].

2. Pour les mines d’or sur le territoire canadien: Un boom économique sans précédent

Le Canada est le 4e plus grand producteur d’or au monde, doté de gisements massifs en Ontario, au Québec, en Colombie-Britannique et au Nunavut. Un scénario de réévaluation de l’or provoquerait un choc positif gigantesque pour l’industrie minière canadienne:

  • Une rentabilité stratosphérique: Même si les coûts d’extraction (carburant, main-d’œuvre, équipement) augmentaient avec l’inflation, les marges des compagnies minières canadiennes (comme Barrick Gold, Agnico Eagle ou Kinross) exploseraient littéralement. Les actions des producteurs d’or surperformeraient massivement le reste du marché [28:27].
  • Ruée vers l’exploration et investissements majeurs: Des projets miniers jugés jusqu’ici non rentables ou trop complexes d’accès (notamment dans le Grand Nord canadien) deviendraient instantanément des mines d’or de classe mondiale. Cela attirerait des centaines de milliards de dollars d’investissements directs étrangers au pays.
  • Création d’emplois régionaux: Les communautés rurales et autochtones, où se situent la majorité des opérations minières, connaîtraient une prospérité économique locale inédite (emplois très bien rémunérés, développement d’infrastructures).

3. Pour l’économie canadienne: Un dilemme stratégique et géopolitique

Pour l’économie globale du pays, les implications sont à double tranchant:

  • Le retour de la « maladie hollandaise »: Une explosion de la valeur des exportations d’or et de matières premières pourrait propulser le dollar canadien à la hausse par rapport aux autres devises. Si le CAD devient trop fort, cela nuira paradoxalement aux autres secteurs d’exportation canadiens (technologies, services, agriculture), rendant le Canada ultra-dépendant de ses ressources naturelles.
  • Pression sur les réserves de la Banque du Canada: Fait marquant, la Banque du Canada a vendu la totalité de ses réserves d’or physiques au cours des décennies passées pour se concentrer sur les obligations étrangères et les devises. Si le monde bascule à nouveau vers un système de réserve neutre basé sur l’or, le Canada se retrouverait stratégiquement « nu » par rapport à des pays comme la Chine, les États-Unis ou la Pologne qui accumulent les lingots [01:53]. Le gouvernement canadien serait contraint d’utiliser une partie de ses revenus ou de taxer sa production nationale pour reconstituer des réserves stratégiques d’urgence.
  • Le pivot commercial: Le Canada devra naviguer prudemment entre son alignement historique avec les États-Unis (qui adoptent un protectionnisme agressif) et la réalité d’un marché asiatique mené par la Chine, avide de métaux précieux pour asseoir sa puissance financière.

L’analyse d’Andrei Jikh nous rappelle que les cycles impériaux et monétaires prennent du temps à se matérialiser — souvent plus d’une décennie [29:21].

Toutefois, si la route vers un or revalorisé se confirme, le Canada devra capitaliser de toute urgence sur sa richesse géologique pour amortir le choc d’un système papier en décomposition et protéger l’avenir financier de ses citoyens.

Mais…

L’analyse ne peut pas s’arrêter là.

Face à la théorie d’une réévaluation massive de l’or exposée par Andrei Jikh, la question de l’appauvrissement des Canadiens est légitime… et doit absolument être discutée.

Si ce scénario de transition monétaire mondiale se réalise, le risque d’un appauvrissement réel est bien présent pour une grande partie de la population, principalement en raison de la perte de pouvoir d’achat face à l’inflation.

Voici pourquoi les Canadiens sont exposés et, concrètement, ce qu’ils peuvent faire pour s’adapter.

Le risque d’appauvrissement: Pourquoi le Canada est vulnérable?

L’appauvrissement dans ce contexte ne signifie pas que les soldes des comptes bancaires vont baisser, mais que le dollar canadien achètera beaucoup moins de choses.

  1. Le piège des réserves nationales: Contrairement à la Chine, aux États-Unis ou à l’Europe, la Banque du Canada possède exactement 0 tonne d’or dans ses réserves officielles, ayant liquidé ses derniers lingots au fil des décennies pour détenir des obligations et des devises de papier. Si le système financier mondial pivote vers l’or comme actif neutre, la monnaie canadienne (le CAD) partira avec un désavantage structurel majeur, risquant de se dévaluer face aux devises adossées à des actifs tangibles.
  2. L’inflation importée: Le Canada importe une immense partie de ses biens de consommation (alimentaire, technologies, voitures). Si le dollar américain se dévalue pour relancer ses usines et que l’or explose, le coût des marchandises importées grimpera en flèche. Les Canadiens l’observent déjà avec la volatilité récente des prix à la pompe et de l’alimentation (l’inflation globale ayant rebondi à 3,2 % au printemps 2026).
  3. L’illusion monétaire: Les épargnants qui conservent leur argent dans des comptes d’épargne traditionnels ou des obligations garanties perdront du pouvoir d’achat chaque année, car les taux d’intérêt ne compenseront pas l’inflation réelle des actifs tangibles.

Concrètement, que peuvent faire les Canadiens?

Si l’on suit la logique d’une rotation des capitaux depuis l’Amérique « financiarisée » (les produits de papier) vers l’Amérique « réelle » (les ressources et infrastructures), les Canadiens disposent de plusieurs leviers pour protéger leur patrimoine.

1. Reconsidérer l’or et les métaux précieux

Il ne s’agit pas de céder à la panique (FOMO) et de liquider toutes ses économies pour acheter des lingots mais d’envisager une allocation de protection.

  • L’or physique: Posséder une petite fraction de son patrimoine en pièces de monnaie souveraines (comme la Feuille d’érable en or de la Monnaie royale canadienne) ou en lingots stockés de manière sécurisée.
  • Les actions minières aurifères: Le Canada abrite des géants mondiaux de l’or (Agnico Eagle, Barrick Gold). Investir dans ces entreprises ou dans des fonds sectoriels (ETF de producteurs d’or) permet de s’exposer à la hausse du métal jaune tout en bénéficiant de dividendes, sans avoir à stocker de l’or physique.

Voir plus bas pour le segment proposant des ETF à considérer.

2. Privilégier les « actifs tangibles » (Commodities)

Dans un monde de dévaluation monétaire, ce qui est rare et indispensable conserve sa valeur. Le Canada est une superpuissance des ressources naturelles.

  • Les matières premières: Se tourner vers des investissements liés à l’énergie (pétrole, uranium), aux métaux industriels (cuivre, nickel pour la transition technologique) et à l’agriculture.
  • L’immobilier stratégique: L’immobilier résidentiel ou les terres agricoles restent des remparts historiques contre l’inflation, car la terre et le toit répondent à des besoins humains fondamentaux non reproductibles par une planche à billets.

3. Réduire la dépendance aux obligations à long terme

Comme le mentionne Andrei Jikh, les obligations gouvernementales à long terme ont été parmi les pires investissements lorsqu’elles sont mesurées en valeur réelle (or). En période de forte inflation, prêter de l’argent à un gouvernement sur 10 ou 30 ans à un taux fixe est souvent un calcul perdant. Les investisseurs canadiens ont tendance à privilégier les actions d’entreprises de qualité capables de répercuter la hausse des prix sur leurs clients (gardant ainsi leurs marges).

4. Maximiser l’efficacité fiscale canadienne

Pour contrer l’érosion du pouvoir d’achat, chaque dollar d’impôt économisé compte:

  • Utiliser pleinement le CELI (Compte d’épargne libre d’impôt) et le REER pour abriter les investissements de croissance (comme les ETF de matières premières ou d’actions minières) afin que les gains ne soient pas grignotés par l’impôt sur le capital.

Donc, le plus grand risque pour un Canadien est l’inaction — c’est-à-dire de rester passif avec un patrimoine entièrement exposé à des liquidités ou à des actifs financiers papier qui se dévaluent. Sans paniquer, la solution concrète réside dans une diversification progressive vers l’économie réelle et tangible.

Avez-vous déjà commencé à ajuster la répartition de votre épargne ou de vos investissements pour faire face à cette hausse de l’inflation et des matières premières?

Sur Wealthsimple, l’achat d’ETF cotés à la Bourse de Toronto (TSX) est particulièrement avantageux, car la plateforme ne facture aucune commission de transaction sur les titres canadiens.

Si vous cherchez à parier sur l’effet de levier des producteurs d’or (les mines) plutôt que sur le métal physique lui-même, voici les meilleurs ETF de producteurs d’or disponibles en dollars canadiens (CAD) sur Wealthsimple:

1. Le leader incontournable: iShares S&P/TSX Global Gold Index ETF

  • Symbole (Ticker): XGD
  • Frais de gestion (MER): ~0,61 %
  • De quoi s’agit-il? C’est le fonds le plus populaire et le plus liquide au Canada pour s’exposer aux minières. Bien qu’il soit coté au Canada, il suit un indice mondial. Il regroupe les plus grands géants de l’or au monde, avec une très forte pondération en entreprises canadiennes.
  • Principales positions: Newmont, Barrick Gold, Agnico Eagle, Franco-Nevada, Wheaton Precious Metals [1.1.2].
  • Pour qui? L’investisseur qui veut une valeur sûre, ultra-liquide, représentant les leaders mondiaux de l’industrie.

2. L’option « Égale Pondération » : BMO Equal Weight Global Gold Index ETF

  • Symbole (Ticker): ZGD
  • Frais de gestion (MER): 0,40 % (frais récemment réduits en 2026) [1.1.4]
  • De quoi s’agit-il ? Contrairement à XGD où les plus grosses entreprises dominent le fonds, ZGD attribue un poids relativement égal à chaque compagnie de son panier.
  • Avantage: Si les moyennes capitalisations minières surperforment les géants (ce qui arrive souvent lors des hausses massives d’or), ce fonds montera plus vite. De plus, ses frais de gestion ont été abaissés pour être très compétitifs [1.1.4].
  • Pour qui? Ceux qui veulent réduire leur dépendance aux deux ou trois plus gros joueurs du secteur.

3. Pour le maximum d’effet de levier: BMO Junior Gold Index ETF

  • Symbole (Ticker): ZJG
  • Frais de gestion (MER): 0,40 % (frais également réduits en 2026) [1.1.4]
  • De quoi s’agit-il? Ce fonds se concentre sur les « Junior » minières, c’est-à-dire les petites et moyennes entreprises d’exploration et de développement.
  • Avantage / Risque: Les juniors sont beaucoup plus volatiles. Si le prix de l’or explose à 38 000 $ comme dans le scénario d’Andrei Jikh, ce sont ces actions qui connaîtront les hausses de prix les plus spectaculaires (gains potentiels multipliés). À l’inverse, si l’or baisse, elles s’effondrent beaucoup plus vite.
  • Pour qui? Les profils plus agressifs à la recherche d’une performance maximale.

4. Pour générer du rendement (Dividendes): Horizons Gold Producer Equity Covered Call ETF

  • Symbole (Ticker): GLCC
  • Frais de gestion (MER): ~0,65 %
  • De quoi s’agit-il? Ce fonds détient des actions de producteurs d’or, mais utilise une stratégie d’options d’achat couvertes (covered calls).
  • Avantage: Cette stratégie permet de générer un flux de revenus (dividendes) très élevé (souvent supérieur à 7-10 % par an) [1.1.2].
  • Inconvénient: En contrepartie de ce dividende élevé, le fonds limite son potentiel de gain si le cours des actions minières monte en flèche du jour au lendemain.
  • Pour qui? Les investisseurs qui veulent un flux d’argent régulier tout en ayant un pied dans l’or.

Conseil crucial pour Wealthsimple: Attention aux ETF américains

Sur Wealthsimple, vous trouverez aussi les célèbres ETF américains comme le GDX (VanEck Gold Miners) ou le GDXJ (Junior Gold Miners) [1.1.1].

  • Piège: Si vous n’avez pas de compte Wealthsimple Premium ou Generation (qui inclut des comptes en USD sans frais), l’achat d’un ETF en dollars américains vous imposera des frais de conversion de devise de 1,5 % à l’achat ET à la revente.
  • Solution: Restez sur les tickers canadiens listés ci-dessus (XGD, ZGD, ZJG), qui s’achètent directement en CAD sans aucun frais de conversion.

Claude Gélinas

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