L’expansion de l’aide médicale à mourir vers l’inquiétante piste 2

Une demande d’aide médicale à mourir (AMaM ou « MAiD », en anglais) de type « piste 2 » ou « Track 2 », en anglais, au Canada, désigne une demande provenant d’une personne dont la mort naturelle n’est pas raisonnablement prévisible à court ou moyen terme.

Depuis les modifications législatives de mars 2021 (via le projet de loi C-7), le système canadien distingue 2 grandes catégories de demandes, soit:

Critère principalPiste 1 (« Track 1 »)Piste 2 (« Track 2 »)
Mort naturelleRaisonnablement prévisiblePas raisonnablement prévisible
Exemples typiquesCancer avancé, insuffisance cardiaque terminale, SLA en phase terminaleMaladies chroniques graves (sclérose en plaques sévère, douleur chronique neuropathique intense, certains handicaps neurologiques lourds, etc.)
Délai d’attente minimal après une demande écrite10 jours (peut être raccourci si la perte de capacité est imminente)90 jours minimum (sauf exception, ce qui est encore très rare)
Nombre d’évaluateurs requis2 (médecin ou infirmière praticienne)2, dont au moins un doit avoir une expertise dans la condition médicale en cause
Obligation de discuter des alternativesRecommandéeObligatoire: la personne doit avoir donné une « sérieuse considération » aux moyens disponibles pour soulager ses souffrances
Accès à des informations collatéralesNon obligatoirePossiblement requis (avec consentement)
Pourcentage des cas (données récentes ~2024)~95–96%~4–5% (en croissance lente mais régulière)

Pourquoi cette distinction existe-t-elle?

Et bien, la piste 1 correspond à l’idée originelle de l’AMaM, en 2016 soit d’aider les personnes en fin de vie imminente qui souffrent de façon intolérable.

La piste 2, elle, a été créée suite à la décision judiciaire Truchon c. Canada (2019-2020) qui a jugé inconstitutionnelle l’exigence de « mort raisonnablement prévisible ». Le Parlement a donc dû ouvrir l’accès à des personnes qui, bien qu’atteintes d’une maladie grave, incurable et causant des souffrances intolérables, peuvent théoriquement vivre encore de nombreuses années.

En pratique, que représente la piste 2, aujourd’hui?

  • Elle concerne surtout des personnes handicapées chroniques, souvent avec des souffrances physiques très importantes, parfois combinées à une grande souffrance psychologique.
  • Une proportion notable des bénéficiaires de la piste 2 vivent dans des conditions de marginalisation sociale plus élevée (isolement, faible revenu, logement inadapté).
  • C’est dans ce groupe que les débats éthiques sont les plus intenses car on y retrouve parfois des personnes qui invoquent en partie des motifs sociaux ou existentiels (pauvreté, absence de soins adéquats, perte de sens de la vie), en plus de leur condition médicale.

Ainsi, la piste 2, c’est l’AMaM pour les personnes non en fin de vie imminente mais qui souffrent de façon jugée insupportable et durable.

Elle est beaucoup plus encadrée (délais, expertise, obligation de considérer les alternatives) précisément parce que le risque de dérive est considéré comme plus élevé que dans les cas de mort imminente (de la piste 1).

Ce sont donc deux trajectoires différentes mais dont la finalité, en cas d’acceptation, demeure la même, à savoir la mort… assistée, médicalement.

Claude Gélinas

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