
Notre vie s’articule autour des éléments constitutifs de notre réalité matérialisée et pourtant, dans des officines élitistes du Forum économique mondial (FEM) de Davos que j’appelle la « Schwabberie » sont envisagés des scénarios ambitionnant de traiter ces éléments comme des… actifs!
Les implications pour tous les peuples du monde sont civilisationnellement tectoniques et c’est encore pire, contre les Canadiens, en raison de l’abondance de ces éléments d’une valeur pourtant inestimable, à commencer par l’eau douce que nous utilisons à tous les jours mais aussi, l’air frais et propre ainsi que les sols qui, dans une large part, demeurent exempts de contaminations synthétiques.
Le temps de défendre ces éléments, soit l’eau, le sol et l’oxygène est venu.
Pour le monde entier et pour les Canadiens.
Pourquoi?
Parce que les cercles élitistes qui se coalescent autour de la FEMerie mondialiste davossienne ont des visées qui les avantagent, eux au détriment du nous collectif.
Personne ne peut nier l’aspect fondamental de ces ressources et il faut en faire des usages vraiment responsables mais de les marchandiser comme n’importe quel autre actif pourrait mener à des dérives économiques menant à divers degrés de tyrannie corporativo-étatistes rarement imaginées, à part dans des oeuvres de fiction présentées comme étant dystopiques.
Il ne faudrait évidemment pas que ce soit à notre ère ou celle de nos progénitures que de telles dystopies soient réalisées, pour les bénéfices infinies des « tenants du capitalisme » (que je qualifie, dans sa forme davossienne de crapuleux) aux dépens de quiconque n’est pas l’un de ces « tenants », à savoir à peu près tout le monde, dont vous qui lisez ceci.
Il faut donc administrer et gouverner en bienveillance mais résister aux assauts malsains qui rêvent de nous voler ce qui est un bien commun par-delà toutes les désignations comptables menant à des schèmes de propriétés.
Ainsi, nous plongeons dans une exploration de ce qui a été dit au FEM et pourquoi c’est si important qu’on comprenne les aboutissants de ces ballons d’essai (de relations publiques) que les peuples ne doivent pas prendre à la légère.
En juin 2024, lors de la Réunion annuelle des nouveaux champions du Forum économique mondial (FEM) à Dalian, en Chine – également connue sous le nom de « Davos d’été » – une proposition a suscité une vive controverse mondiale. Lindsay Hooper, directrice générale de l’Institut de leadership en développement durable de l’Université de Cambridge, a participé à un panel intitulé « Understanding Nature’s Ledger » (Comprendre le grand livre de la nature).
Lors de cette session, Hooper a présenté le concept de « capital naturel », affirmant que l’eau, le sol et même l’oxygène ne devraient plus être traités comme des ressources illimitées et gratuites mais plutôt comme des « formes de capital naturel » devant figurer « au bilan comptable » des entreprises et des institutions financières.
« Nous ne pouvons pas faire des affaires sur une planète morte », a-t-elle déclaré aux membres du FEM. « Si nous voulons protéger les systèmes naturels, l’une des solutions consiste à intégrer la nature au bilan comptable ; à intégrer la nature dans les modes de prise de décision au sein des entreprises pour lui attribuer une valeur – l’intégrer dans les mécanismes comptables et financiers. »
Il est important de clarifier ce qui a été réellement proposé. Selon les transcriptions officielles du FEM, Hooper a critiqué le fait que la nature soit actuellement traitée dans l’économie « comme si elle était illimitée et principalement comme si elle était gratuite ».

Elle a expliqué: « Actuellement, la façon dont les décisions sont prises au quotidien au sein des entreprises et des institutions financières repose sur des données et des indicateurs financiers qui ne tiennent pas compte de la nature. »
Hooper a ensuite énuméré les éléments du capital naturel: « l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, le sol, les océans dont nous avons besoin pour la nourriture que nous devons consommer, les minéraux dont nous avons besoin comme intrants pour la technologie et les infrastructures. »
Gim Huay Neo, directrice générale du Centre pour la nature et le climat du FEM, a suggéré d’aller au-delà de la tarification du carbone: « Au-delà du carbone, pensons à d’autres aspects de la nature qui sont plus faciles à quantifier. Nous ne pourrons probablement pas tout quantifier dès le premier jour mais qu’en est-il de l’eau? Il est tout à fait possible pour nous de commencer à l’intégrer systématiquement dans les mécanismes actuels de tarification du carbone. »

Cette proposition a été interprétée par de nombreux critiques comme une tentative de marchandisation et de privatisation des ressources naturelles essentielles à la vie humaine. Les opposants craignent que cette approche ne conduise à:
Cette proposition du FEM ne surgit pas dans un vide, en regard de ce thème. Il existe déjà des précédents inquiétants de marchandisation des ressources naturelles, particulièrement de l’eau.
Lors de la COP27 en novembre 2022, Michael Sheren, ancien conseiller de la Banque d’Angleterre, a déclaré que le carbone « évolue très rapidement vers un système où il sera proche d’une monnaie ». Il a ensuite affirmé que la prochaine étape de l’agenda serait la « tokenisation » de l’eau, des arbres, de l’oxygène et de pratiquement tout le reste dans la nature.

Le Canada, qui détient environ 20 % des réserves mondiales d’eau douce, dont 30 % se trouvent en Colombie-Britannique, est particulièrement vulnérable à ces tendances de marchandisation.
Le Canada a déjà été confronté à des défis juridiques liés à l’eau dans le cadre de l’ALENA. En 2002, l’entreprise américaine SD Myers a obtenu plus de 8 millions de dollars du gouvernement canadien pour perte de profits après que le Canada ait interdit le commerce des BPC pour protéger ses eaux.
Plus récemment, Lone Pine Resources, une société énergétique américaine, poursuit le gouvernement du Canada pour 250 000 $ parce qu’en 2011, la province de Québec a imposé un moratoire sur la fracturation hydraulique pour protéger ses réserves d’eau.
Un cas particulièrement troublant s’est produit lorsque le gouvernement canadien a accordé une compensation à Abitibi Bowater, une entreprise américaine, pour les droits sur l’eau qu’elle n’utilisait plus après avoir abandonné ses opérations canadiennes. Le gouvernement Harper a réglé sans passer par un tribunal de l’ALENA, donnant à l’entreprise 130 millions de dollars en compensation.
Comme l’explique Maude Barlow du Conseil des Canadiens: « Cela a créé un précédent dangereux selon lequel les entreprises d’un pays opérant dans un autre peuvent désormais revendiquer la propriété des approvisionnements en eau locaux, offrant ainsi une autre façon dont l’eau du monde devient marchandisée et privatisée. »
Le gouvernement fédéral canadien, sous les gouvernements libéral et conservateur, a agressivement promu la privatisation de nos infrastructures d’eau et d’eaux usées pendant des décennies.
En 2017, le gouvernement Trudeau a créé la Banque de l’infrastructure du Canada, avec l’objectif d’impliquer des partenaires privés de type PPP (partenariats public-privé) dans 80 % de leurs projets.
Des entreprises comme Terasen Utility Services Inc. (une filiale de Kinder Morgan basée au Texas) et EPCOR (basée à Edmonton) sont de plus en plus actives sur le marché canadien de l’eau. Terasen a des accords avec les Premières Nations Nuu-chah-nulth et Cowichan, effectue la mesure de l’eau par contrat pour la ville de Surrey, et a récemment signé un accord PPP de 21 ans pour exploiter le système d’égouts de la ville de Langford.
La privatisation de l’eau coûte cher aux citoyens. Les fournisseurs privés facturent en moyenne 59 % de plus par ménage pour l’eau et 63 % de plus pour les égouts par rapport à l’option publique.
À Mapleton, en Ontario, la Banque de l’infrastructure du Canada a annoncé un investissement de 20 millions de dollars pour moderniser l’infrastructure des eaux usées de la ville. Bien que cet investissement puisse sembler prometteur, cela signifie que Mapleton cède le contrôle de son eau pendant deux décennies. Les résidents de Mapleton paieront des tarifs plus élevés pour des coûts de projet plus élevés – et les profits iront aux actionnaires privés au lieu d’être réinvestis dans leur communauté.

Si l’eau devient un actif négociable:
La marchandisation du sol pourrait signifier:
Bien que cela puisse sembler dystopique, la monétisation de l’oxygène pourrait prendre la forme de:


Les criminologues verts comme Lynch et Stretesky utilisent la théorie du « Treadmill of Production » (ou tapis roulant de la production) d’Allan Schnaiberg pour expliquer comment le capitalisme est intrinsèquement destructeur pour l’environnement.
Selon cette théorie, l’extraction des ressources naturelles, la déforestation et l’exploitation de la flore et de la faune sont des ingrédients essentiels du processus capitaliste qui entraîne une « désorganisation écologique ».
La marchandisation de l’eau, du sol et de l’oxygène représente une nouvelle étape dans ce processus, transformant les fondements mêmes de la vie en marchandises à échanger pour le profit.

Le Conseil des Canadiens a lancé le Projet Communautés bleues en 2009 pour lutter contre la privatisation de l’eau. Au cours de la dernière décennie, près de 30 communautés au Canada ont utilisé les principes et les outils du Projet Communautés bleues pour garder ou reprendre le contrôle de leur eau – y compris la ville de Montréal en 2019.
Les principes des Communautés bleues sont:
De nombreuses municipalités dans le monde ont repris le contrôle public de leurs services d’eau après des expériences désastreuses de privatisation. Hamilton, en Ontario, a repris son eau en mains publiques après qu’un accord PPP de 10 ans ait entraîné des déversements d’eaux usées, des inondations et une réduction de moitié de la main-d’œuvre des services d’eau, tout en faisant exploser les coûts du projet.
Un mouvement croissant reconnaît les « droits de la nature » et les « droits de l’eau » eux-mêmes, plutôt que simplement les droits humains à l’eau. Cette approche, adoptée par certains pays comme l’Équateur et la Bolivie, reconnaît que les écosystèmes ont une valeur intrinsèque au-delà de leur utilité économique pour les humains.

La proposition du Forum économique mondial de traiter l’eau, le sol et l’oxygène comme des actifs financiers représente un tournant potentiel dans la relation de l’humanité avec la nature. Pour les Canadiens, les enjeux sont particulièrement élevés étant donné l’abondance relative de nos ressources en eau douce.
La question fondamentale est la suivante: les éléments essentiels à la vie doivent-ils être traités comme des marchandises à acheter et à vendre, ou comme des biens communs à protéger et à partager équitablement?
Comme l’a écrit Maude Barlow: « Aucune quantité de discours sur les futurs verts, la technologie verte, les emplois verts et une économie verte ne peut défaire le fait que la plupart des dirigeants d’entreprises et d’États-nations, ainsi que les responsables de l’ONU et de la Banque mondiale, continuent de promouvoir la croissance comme le seul modèle économique et de développement pour le monde. Tant que le modèle de croissance ne sera pas véritablement remis en question, de grands dommages aux écosystèmes de la Terre se poursuivront. »
Les Canadiens doivent rester vigilants et s’engager activement dans les débats sur la gouvernance de l’eau et des ressources naturelles. L’avenir de notre accès à ces ressources vitales – et celui des générations futures – en dépend.

Sources principales:
