Le rapport sur les « vies futures », où en sommes-nous, 4 ans plus tard, en 2026?

En juin 2022, le gouvernement canadien publiait un rapport intitulé « Vies futures », qui explorait les grands changements affectant le parcours de vie des Canadiens.

Quatre ans plus tard, en février 2026, il est temps de faire le bilan: les prévisions étaient-elles justes? Les tendances se sont-elles accélérées ou ralenties? Et surtout, vers quel avenir nous dirigeons-nous en 2040?

Les réponses sont nuancées. Certaines prévisions se sont avérées exactes, d’autres ont dépassé les attentes les plus sombres. Voici ce que les données nous disent vraiment sur l’état du Canada aujourd’hui et demain.

Le vieillissement: une tendance inévitable et bien confirmée

La bonne nouvelle: les Canadiens vivent plus longtemps. L’espérance de vie nationale s’établit à 82,16 ans en 2024, confirmant la tendance à la hausse prévue en 2022. C’est une victoire pour la santé publique et les progrès médicaux.

La réalité complexe: mais cette longévité n’est pas égale pour tous. Les écarts socioéconomiques demeurent criants. À Toronto, par exemple, il existe un écart de 12 ans d’espérance de vie entre les quartiers riches et pauvres. Autrement dit, votre code postal détermine presque autant votre durée de vie que vos gènes.

De plus, 73 % des Canadiens de 65 ans et plus vivent avec au moins une maladie chronique. Le cancer (26,2 %) et les maladies cardiaques (17,7 %) restent les deux premières causes de décès. Le rapport de 2022 avait bien identifié cette réalité: plus de vie mais pas nécessairement une meilleure vie pour tous.

Projection 2040: le vieillissement s’accélère. La population des 65 ans et plus devrait croître de 68 % au cours des 20 prochaines années. En 2040, 22,7 % des Canadiens auront plus de 65 ans. Cela signifie une pression massive sur les systèmes de santé, les soins de longue durée et les infrastructures. C’est une tendance inévitable, mais gérable si les gouvernements agissent maintenant.

Les naissances: la chute libre

L’alerte rouge: C’est ici que les données de 2024-2026 surpassent les pires scénarios du rapport de 2022. Le taux de fécondité canadien s’établit à 1,25 enfant par femme en 2024 – un record historique à la baisse. Pour mettre cela en perspective, le Canada est entré dans la catégorie des pays à « fécondité ultra-basse » (moins de 1,30), aux côtés de la Corée du Sud (0,75) et du Japon (1,15).

Pourquoi c’est grave: Un taux de fécondité de 1,25 signifie que chaque génération est 25 % plus petite que la précédente. À long terme, cela crée un déséquilibre démographique: moins de travailleurs pour soutenir une population vieillissante, moins de consommateurs pour l’économie et une dépendance croissante à l’immigration.

C’est une spirale inquiétante vers un effacement des Canadiens, à la faveur d’un remplacement démographique accéléré avec de jeunes arrivants, d’ailleurs.

Les transferts des richesses vont d’ailleurs s’effectuer majoritairement vers ces arrivants, en quelques décennies alors que les Canadiens qui ne font plus assez d’enfants vont graduellement disparaître.

Les raisons: Le rapport de 2022 avait identifié les causes: instabilité économique, anxiété face à l’avenir, coûts de garde d’enfants inabordables et difficulté à accéder à la propriété. En 2026, ces facteurs n’ont pas disparu – ils se sont aggravés. Plus de 51 % des femmes âgées de 20 à 49 ans n’ont pas d’enfants et l’âge moyen à la maternité a atteint 31,8 ans, un autre record.

Projection 2040: Si cette tendance persiste, le Canada devra compter presque entièrement sur l’immigration pour maintenir sa population. Cela pose des questions fondamentales sur l’identité nationale, l’intégration et la capacité du pays à absorber des migrants.

L’emploi des aînés: une tendance positive

La bonne nouvelle: Le rapport de 2022 prévoyait que plus d’un quart des Canadiens âgés de 65 à 69 ans continueraient à travailler. Cette prévision s’est avérée exacte et même dépassée. Le taux d’activité des personnes de 60 ans et plus a presque doublé en 20 ans. Entre 2014 et 2022, la part d’emploi parmi les bénéficiaires du Supplément de revenu garanti (SRG) pour les 65+ est passée de 8,6 % à 13,4 %.

Ce que cela signifie: Les Canadiens redéfinissent la retraite. Certains continuent à travailler par choix – ils aiment leur emploi ou veulent rester actifs. D’autres le font par nécessité – leurs économies ne suffisent pas. Quoi qu’il en soit, cette tendance montre une flexibilité du marché du travail et une volonté des aînés de rester engagés.

Projection 2040: Cette tendance devrait s’intensifier. Avec une population vieillissante et des pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs, les entreprises rechercheront activement des travailleurs expérimentés. Cependant, il faudra s’assurer que ces emplois offrent des conditions décentes et ne sont pas simplement une nécessité économique pour les aînés.

Le logement: la crise qui persiste

La réalité 2026: Le rapport de 2022 prévoyait des difficultés croissantes d’accès à la propriété. Cette prévision s’est confirmée, mais avec une légère amélioration en 2025. Les prix des maisons ont augmenté de 32 % par rapport à 2019, ce qui signifie que les propriétés restent bien au-delà des prix pré-pandémiques. Bien qu’une légère baisse ait été observée en 2025, l’abordabilité demeure un défi majeur pour la majorité des Canadiens.

L’âge d’accession à la propriété: Les Canadiens achètent leur première maison de plus en plus tard. Selon les données récentes, les Canadiens figurent parmi les premiers acheteurs les plus âgés au monde. Autrefois, acheter une maison à 30 ans était normal ; aujourd’hui, c’est à 40 ans que beaucoup réussissent enfin, s’ils y parviennent.

Qui peut se permettre une maison? Principalement ceux qui reçoivent de l’aide familiale. Le rapport de 2025 sur la mobilité sociale prévoit qu’en 2040, la plupart des nouveaux propriétaires auront besoin d’une aide parentale, d’hypothèques intergénérationnelles ou de ménages alternatifs avec des amis. Pour les autres, la location restera l’unique option.

Projection 2040: Le logement deviendra un marqueur majeur d’inégalité. Ceux qui possèdent des propriétés accumuleront de la richesse ; ceux qui louent resteront précaires. Cette division créera un conflit social croissant entre propriétaires et locataires, transformant le logement en enjeu politique central.

L’accès à la propriété: le rêve canadien menacé

La situation aujourd’hui: Le taux de propriété au Canada stagne autour de 65,8 % en 2025. Bien que ce chiffre semble stable, il cache une réalité troublante : les jeunes générations sont de plus en plus exclues du marché immobilier. Les millennials et la génération Z font face à des obstacles sans précédent.

Pourquoi c’est différent d’avant: Dans les années 1980 et 1990, un jeune couple avec un revenu moyen pouvait acheter une maison. Aujourd’hui, il faut un revenu bien supérieur à la moyenne ou une aide parentale substantielle. La proportion du revenu consacrée à l’hypothèque a explosé, passant de 20-25 % à 40-50 % pour beaucoup de ménages.

Projection 2040: Le rapport de 2025 peint un scénario sombre, à savoir que la propriété immobilière devient un marqueur de classe sociale. Les riches accumulent des propriétés ; les pauvres louent. L’héritage – non le travail acharné – devient le principal déterminant de la richesse. Ça transforme le Canada en une société de type « aristocratique » où votre code postal à la naissance détermine votre destin économique.

L’éducation postsecondaire: de voie de mobilité à marqueur d’élite

Le paradoxe de 2026: L’éducation postsecondaire coûte plus cher que jamais mais elle offre moins de garanties. Les universités et collèges canadiens facturent des frais de scolarité élevés et les diplômés sortent souvent endettés. Entre-temps, le marché du travail change rapidement et les programmes d’études ne suivent pas toujours.

Projection 2040: Le rapport de 2025 prévoit un scénario troublant : l’éducation postsecondaire cesse d’être une voie de mobilité sociale et devient un marqueur d’élite. Seuls les riches peuvent se permettre l’université sans s’endetter massivement. Pour les autres, l’éducation postsecondaire devient un « actif échoué » – coûteux et sans retour sur investissement garanti.

Pire encore, les programmes inflexibles ne suivent pas l’évolution des compétences demandées par le marché du travail. Les universités forment des diplômés pour des emplois qui n’existent plus, tandis que les nouveaux secteurs (technologie, IA, services verts) manquent de travailleurs qualifiés.

L’intelligence artificielle: une menace croissante pour la valeur du travail

Ce qui change en 2026: L’IA n’est plus une menace lointaine – elle est ici. Les travailleurs des secteurs créatifs et du savoir commencent déjà à sentir l’impact. Les emplois en rédaction, design, programmation et analyse deviennent de plus en plus automatisés.

Projection 2040: Le rapport de 2025 prévoit que la valeur du travail humain diminuera considérablement. La majorité des Canadiens devront se tourner vers le « gig work » et les « side hustles » pour joindre les deux bouts. Les meilleurs outils d’IA seront coûteux et accessibles seulement aux riches, renforçant les inégalités structurelles.

Imaginez un Canada en 2040 où:

  • Un travailleur riche a accès à des assistants IA sophistiqués qui augmentent sa productivité
  • Un travailleur pauvre ne peut pas se permettre ces outils et doit concurrencer directement l’IA avec son travail manuel
  • Les écarts de revenus s’élargissent exponentiellement

C’est le scénario que le gouvernement canadien nous met en garde.

Le cloisonnement social: une société fragmentée

La réalité de 2026: Les algorithmes fragmentent déjà la société. Les applications de rencontre filtrent par classe sociale. Les réseaux sociaux créent des bulles de confirmation. Les métavers émergents risquent de devenir des espaces cloisonnés où les riches et les pauvres ne se croisent jamais.

Projection 2040: Le rapport de 2025 prévoit que les gens de différentes classes socioéconomiques interagiront rarement. Cela signifie :

  • Pas de mariages entre classes sociales (les algorithmes les empêchent)
  • Pas d’opportunités d’affaires créées par des rencontres fortuites
  • Pas de mobilité sociale par les connexions sociales
  • Une société rigidement stratifiée

C’est un Canada où le rêve de mobilité ascendante – l’idée que vous pouvez améliorer votre sort par le travail et les connexions – meurt lentement.

Les migrations climatiques: un nouveau défi émergent

Ce qui change en 2026: Le Canada commence à ressentir les effets du changement climatique. Les incendies de forêt, les inondations et les tempêtes extrêmes provoquent déjà des déplacements internes. Entre-temps, le Canada, avec son climat qui se réchauffe, devient une destination attrayante pour les réfugiés climatiques internationaux.

Projection 2040: Les pertes économiques dues aux dommages climatiques pourraient atteindre 25 milliards de dollars par an dès 2025, selon le gouvernement canadien. En 2040, le Canada devra gérer :

  • Des réfugiés climatiques internes (personnes fuyant les régions côtières inondées)
  • Des réfugiés climatiques internationaux (personnes fuyant des régions devenues inhabitables)
  • Des infrastructures endommagées par les événements extrêmes
  • Une demande accrue de services d’urgence et de reconstruction

Le scénario de 2040: vers une société d’aristocratie?

Le rapport de janvier 2025, « Vies futures: mobilité sociale en question », peint un portrait sombre du Canada en 2040. Dans ce scénario:

La mobilité sociale ascendante devient rare. La plupart des Canadiens restent coincés dans les conditions socioéconomiques de leur naissance. Le travail acharné ne suffit plus ; l’héritage devient le principal déterminant du succès.

L’éducation perd sa valeur. Les universités deviennent des clubs exclusifs pour les riches, pas des voies de mobilité pour les pauvres.

Le logement divise la nation. Propriétaires et locataires forment deux castes sociales distinctes, avec peu de mobilité entre elles.

L’IA renforce les inégalités. Les riches utilisent l’IA pour augmenter leur productivité ; les pauvres concurrencent l’IA avec leur travail manuel.

La société se fragmente. Les gens de différentes classes sociales ne se croisent plus, ni en ligne ni hors ligne.

Les aspirations se heurtent à la réalité. Les jeunes sont programmés pour rêver de mobilité ascendante, mais ils savent qu’elle est impossible. Cette dissonance cognitive crée de la frustration, de l’apathie et du désespoir.

Ce qui peut changer: l’avenir n’est pas écrit

Voici le point crucial: ce scénario de 2040 n’est pas une prédiction – c’est un avertissement. Le gouvernement canadien nous montre où nous nous dirigeons si nous ne changeons rien. Mais l’avenir n’est pas écrit.

Pour éviter ce scénario dystopique, le Canada doit agir maintenant sur plusieurs fronts:

  1. Logement abordable: Construire massivement des logements abordables, geler les rentes, et empêcher la spéculation immobilière.
  2. Réforme de l’éducation: Rendre l’éducation postsecondaire gratuite ou très abordable, et aligner les programmes avec les besoins du marché du travail.
  3. Redistribution de la richesse: Augmenter les impôts sur les plus riches et les héritages, et investir dans les services publics.
  4. Régulation de l’IA: S’assurer que l’IA bénéficie à tous, pas seulement aux riches.
  5. Soutien aux jeunes générations: Offrir des bourses, des subventions et des opportunités pour les jeunes Canadiens.
  6. Adaptation au vieillissement: Investir dans les soins de longue durée et les services de santé pour les aînés.

Un appel à l’action

Le rapport « Vies futures » de 2022 s’est avéré étonnamment précis.

Quatre ans plus tard, en 2026, les tendances qu’il a identifiées se sont confirmées et souvent accélérées. Le Canada vieillit, la fécondité s’effondre, le logement devient inaccessible et la mobilité sociale s’érode.

Mais ce n’est pas une fatalité.

Le scénario de 2040 n’est qu’un avertissement.

Si les gouvernements, les entreprises et les citoyens agissent maintenant, un autre avenir est possible – un Canada où la mobilité sociale existe toujours, où les jeunes peuvent accéder à la propriété, où l’éducation ouvre des portes et où l’IA bénéficie à tous.

Le choix est entre nos mains. L’avenir du Canada dépend des décisions que nous prenons aujourd’hui.

Sources:

Claude Gélinas

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